Thèse Art et Engagement le Collage Comme Langage de Résistance et d'Identité dans l'Espace Public Chilien. H/F - Doctorat.Gouv.Fr
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Les missions du poste
Établissement : Université Rennes 2 École doctorale : École doctorale Arts, Lettres, Langues - Bretagne Laboratoire de recherche : ÉQUIPE DE RECHERCHE INTERLANGUES : MÉMOIRES, IDENTITÉS, TERRITOIRES Direction de la thèse : Lionel SOUQUET Date limite de candidature : 2026-10-20T00:00:00 Durant l'automne 2019, une série de manifestations a éclaté à Santiago du Chili contre la hausse des tarifs du métro, du coût de la vie et pour protester contre les inégalités sociales. Dans tout le pays, plus d'un million de personnes sont descendues dans la rue pour contester les prises de décision du président Sebastián Piñera, exigeant sa démission et l'abrogation des réformes entreprises. Dans ce contexte, de nombreux artistes ont investi l'espace public pour y réaliser des oeuvres d'art public spontané. Pendant cet « estallido social » (explosion sociale), une grande diversité d'oeuvres d'art voit le jour, en particulier à Santiago du Chili, créant dans la ville des espaces de protestation, de mémoire et de résistance. L'art public spontané, sous ses multiples formes (graffiti, collages, pochoirs, peintures murales, rayados), est venu nourrir une isotopie de la révolte. Ce projet de thèse invite à se pencher, en particulier, sur les collages réalisés durant cette période. Le collage public, aussi appelé « paste-up », est une technique permettant de créer une oeuvre imprimée, dessinée ou peinte sur papier qui est ensuite collée dans l'espace public grâce à une colle maison ou industrielle. Le paste-up permet un travail de préparation en amont et une installation rapide dans la rue. De ce fait, il est utile dans des espaces où l'art public spontané est durement réprimé. Les artistes s'exposent moins à une prise en flagrant délit. L'art du paste-up est bien souvent engagé. Il reprend les codes de l'affiche politique, détourne certaines images, certains messages et s'appuie sur des références issues de la culture populaire. La rapidité d'exécution dans l'espace public a permis d'accompagner les revendications populaires, de mettre en image les tensions et les aspirations sociales du moment. Ces oeuvres, à la fois percutantes et invasives, ont agi comme une caisse de résonnance et ont facilité la propagation d'idées. Ces collages ont pu jouer un rôle important en synthétisant les revendications populaires, mais aussi en renforçant la prise de conscience, la cohésion et l'intégration sociale au sein du mouvement. Dès lors, on peut se demander comment le collage, en tant que pratique artistique et outil d'appropriation discursive, a pu contribuer à la construction d'une mémoire collective et à la transformation de l'espace public au Chili. Quels mécanismes lui ont permis de devenir un catalyseur de protestation et de participation politique dans le contexte des mobilisations sociales contemporaines ? Plusieurs méthodologies devront être mobilisées. Outre l'analyse de textes (articles et ouvrages universitaires, articles de presse, blog, etc.) et d'images, nous valoriserons les projets qui mettront en place : 1. La réalisation et l'analyse d'entretiens directifs et semi-directifs, afin d'identifier les stratégies discursives, les modalités de représentation et les dynamiques narratives qui se dégagent des récits recueillis. 2. Une approche inductive et interprétative, qui privilégie la construction progressive des concepts à partir des matériaux empiriques, plutôt que l'application rigide de catégories préétablies. 3. Une perspective à la fois féministe, queer et décoloniale, qui cherche à déconstruire les cadres hégémoniques de production du savoir et de la norme ; et à valoriser les expériences et les subjectivités souvent marginalisées dans les discours dominants. 4. L'étude des narrations situées, en mettant l'accent sur le rôle du contexte dans la production et la réception des discours.
Plusieurs études ont déjà mis en évidence l'importance de cette profusion d'images publiques : des analyses sociologiques ont documenté la multiplication des interventions et leur fonction expressive, souvent liée à des revendications féministes, autochtones ou anticapitalistes (Goecke, 2022 ; Llanos, 2021). D'autres études, adoptant une perspective plus spécifique, ont examiné la mémoire visuelle de la contestation, en mettant en évidence les propriétés du texte et le rôle politique qu'il joue dans un contexte culturel (Amador, Brouté, León et Torres, 2019 ; Dittus, 2019). Il est également important de mentionner que de nombreux travaux universitaires abordent la question de l'art public au Chili (Bellange, 1995 ; Bragassi, 2010, Castillo Espinoza, 2006 ; Domínguez Correa, 2006 ; Joubert, 1998, 2007, 2009 ; Lemouneau, 2019 ; Olmedo Carrasco, 2012 ; Puech, 2026 ; Rodríguez Plaza, 2011 ; Zamorano Pérez et Cortés López, 2007). Ces ouvrages et articles explorent une longue tradition de résistance graphique, notamment depuis la création des Brigades muralistes en 1965. Ils permettent de comprendre que les oeuvres des artistes qui ont contribué au soulèvement de 2019 ne sont pas des manifestations singulières, mais le témoignage d'une continuité politique et artistique qui reflète la complexité du Chili contemporain.
Ce projet de thèse - qui entre parfaitement dans les nouveaux axes et sous-axes de recherche d'ERIMIT : « Marges et périphéries », « Contextes et reconfigurations », « Corps, genres et sexualités », « Mémoires, paroles et créations », « Répressions et résistances » et « Patrimoines, industries créatives et interculturalité » - invite donc les candidat·es à se pencher sur l'analyse des formes d'action employées pendant le soulèvement à travers le paste-up. L'objectif de ce travail de recherche est de comprendre comment les récits artistiques et les discours de résistance contribuent à redéfinir les identités, à réinterpréter la mémoire collective et à remettre en question les structures de pouvoir. La pensée de Gilles Deleuze et de Félix Guattari (notamment dans Mille Plateaux) pourra aider à aborder les notions de « multiple », de « nomadisme », de « déterritorialisation », de « moléculaire » et de « ligne de fuite », d' « art mineur », etc. Ce travail contribuera à enrichir la réflexion sur les récits identitaires et la narrativité dans l'art, mais aussi à offrir une contribution critique aux débats sur la représentation et la légitimation des voix dissidentes dans l'espace public.
La dimension esthétique des collages sera également abordée, notamment à travers les notions de culture populaire, de néo-baroque et de kitsch.