Les missions du poste

Établissement : Université Rennes 2 École doctorale : École doctorale Espaces, Sociétés, Civilisations Laboratoire de recherche : ESPACES ET SOCIETES Direction de la thèse : Pascal GLEMAIN ORCID 0000-0001-9733-1858 Date limite de candidature : 2026-10-19T00:00:00 La notion de « responsabilité » aux entreprises a émergé face aux « dérives du capitalisme actionnarial mais aussi selon une certaine acception de « l'éthique » dans les affaires » (Filippi, 2022, p. 15). D'abord matérialisé par la notion de Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE), cette dernière s'est révélée relativement inefficace, au sens où, elle ne serait qu'un nouveau moyen de labellisation d'une responsabilité en termes d'impact sur l'environnement pour donner un sens au mode de production capitaliste (Postel & Sobel, 2013). Pour autant, les dimensions économiques au-delà de la soutenabilité forte ou faible, sociales, de gouvernance et d'apport ou rapport aux territoires, demeurent un impensé à la fois au niveau théorique et des pratiques managériales terrirorialisées. C'est à partir de ces critiques qu'a émergé la notion de Responsabilité Territoriale des Entreprises (RTE). La RTE semble prendre pertinence en croisant 3 notions, la responsabilité, l'économie sociale et solidaire (ESS) et le territoire. (Filippi, 2024). La responsabilité s'appréhende comme « un engagement vis-à-vis de la société » ( Ibid. , 2024) que l'on retrouve par exemple dans le réseau France Active désormais dénommé au niveau des régions : France Active entrepreneurs engagés. A ce titre, elle semble se construire sur des valeurs et des principes proches de celles des organisations de l'ESS (OESS) telles que l'utilité sociale et l'ancrage territorial ( Ibid. , 2024), en particulier en finances solidaires (Glémain et al., 2010 ; Glémain, 2010). L'ancrage territorial - notion qu'il conviendra de consolider - de certaines organisations de l'ESS, se traduit par une démarche bottom up en intégrant les besoins propres à chaque territoire ( Ibid. , 2024) en termes de développement local (Glémain, 2024). L'approche par les proximités à la fois sociale et géographique du courant interactionniste (Zimmerman & Pecqueur, 2004), croisée avec plusieurs auteurs sur le développement territorial (Voir Filippi, 2024) a amené à appréhender le territoire comme un construit social dans l'analyse des dispositifs de RTE (Filippi, 2022), ainsi que le considère la géographie sociale dans son antériorité. C'est-à-dire qu'il est constitué de dimensions matérielles et immatérielles, résultant d'une localisation géographique et d'une appropriation du territoire vécu ainsi que des interactions entre les individus et celui-ci. Ce sont ces trois notions qui sont au fondement de l'idée de RTE, définie comme un « entreprendre en collectif et en responsabilité au service du bien commun » (Filippi, 2024), rejoignant les travaux séminaux du réseau EMES dans le cadre du programme International Comparative Social Enterprise Models-ICSEM (Glémain et al. 2013). La RTE propose de rompre avec les logiques de la RSE en s'incarnant dans une logique collective et bottom up , dans laquelle l'action émerge des besoins des individus. Cette vocation à la territorialité de l'action s'explique par l'hypothèse générale selon laquelle, une action localisée serait plus pertinente face aux crises actuelles (économique, sociales et écologiques) du capitalisme. Cependant, nombre d'organisations d'ESS demandent un agrément « entreprises solidaires d'utilité sociale » dont elles bénéficient de droit depuis la Loi ESS du 31/07/2014, et en viennent à instruire pour elles-mêmes des dossiers de RSE tout en justifiant de leur « ancrage territorial », notion encore non consolidée en ESS ou en sciences de gestion appliquées aux territoires. Des organismes territorialisés comme les Organismes de Finance Solidaire (OFS) résonnent avec plusieurs éléments de la définition de RTE. Si certains auteurs définissent la finance solidaire regroupe « un ensemble d'opérateurs non bancaires proposant des services financiers (prêt, épargne, garantie) à des porteurs de projets d'activités économiques suivant une logique de financement combinant des principes marchands et non marchands. L'enjeu est l'accès au crédit ou à la monnaie dans le cadre d'activités productives et l'adjectif solidaire qualifie l'entraide mutuelle entre les hommes, parties prenantes de la relation de financement » (Artis, 2009, p164), d'autres la considèrent comme l'ensemble des acteurs bancaires et financiers qui développent des outils et des services financiers adaptés aux bénéficiaires qu'il s'agisse de microcrédit social ou professionnel, de micro-épargne solidaire et de micro-assurance, couplé à un accompagnement en ingénierie sociale (Glémain, 2021). La dimension solidaire correspond alors à une action de consolidation, de renforcement (in solidum), de situations à la fois personnelle et entrepreneuriale sur les territoires. Cet aspect solidaire constitue le projet politique et managérial sous-jacent de la finance solidaire (Vallat, 2003 ; Glémain 2025). Cette façon de placer les personnes au centre de sa mission conduit la finance solidaire à revendiquer « une implication territoriale de proximité » (Cuénoud, 2017, p41), dans le cadre d'un développement local (Glémain, 2025). Enfin, les OFS peuvent faire l'objet de régulation citoyennes ( Ibid. ), autrement dit, « par le bas », comme évoqué dans la définition de la RTE. Dès lors, en quoi les organisations de finance solidaire participent-elles à l'institutionnalisation d'une RTE dans le projet managérial des personnes morales et physiques en faveur d'un développement durable local ?
L'analyse doctorale consistera à étudier et comparer plusieurs organisations du secteur de la finance solidaire, et ce au niveau de différentes échelles territoriales et de régions du Grand Ouest (Bretagne, Pays de la Loire et Normandie). Cette démarche devrait permettre d'identifier le(s) rôle(s) qu'occupent ces structures dans la construction du territoire et sa transformation, au service de la régionalisation et du développement, actualisant de fait les travaux doctoraux de Glémain (2000) sur le sujet. En outre cette étude des dynamiques et stratégies des organisations de finance solidaire visera à éclaircir les notions de responsabilité territoriale et d'ancrage territorial des organisations de l'ESS, de manière à les conceptualiser. La méthodologie relèvera de l'étude multi-cas contextualisée et territorialisée.
La recherche d'un financement en contrat CIFRE sera engagé.

Le projet de recherche a été soumis à un contrat doctoral d'établissement mais, à l'audition, aucun.e candidat.e n'a été retenu.e. Il est fondamental dans le cadre de la crise de financement des organisations d'ESS en particulier les associations employeurs et gestionnaires, ou les TPE de proximités (sociale et géographique)
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